PAMCLITORIS #16/52 – Michel Christen EP

C’était un homme qui n’avait plus sa place parmi les vivants. Il s’est éteint dans l’indifférence, abandonné de tous. Il n’était plus rien, pas même une ombre sur la terre, tout juste un souvenir un peu flou comme ces films de vacances à l’image tremblée sur lesquels, la mise soignée, il souriait encore à la vie et à l’amour des siens. A l’heure de sa fin, Michel Christen avait 53 ans. Mais il était mort depuis longtemps. Une histoire banale : victime d’un accident alors qu’il exerçait ses fonctions de pompier volontaire, il avait dû abandonner son métier de ramoneur. La suite tient d’une sorte de fatalité : l’oisiveté, l’ennui, la poésie. la poésie qui, petit à petit, l’aura coupé des siens, puis du monde.

Il s’est éteint dans la solitude, ce poison des paumés. Lorsque les policiers ont pénétré dans son studio du quartier des Acacias à Genève, c’est un fantôme qui les a accueillis : un squelette couché en chien de fusil, tournant le dos à la porte et à la communauté des humains. Le souvenir presque effacé d’un homme jeune encore. « C’est à la balayette que s’est achevée la levée du corps. Parce qu’à un moment donné, le corps part en poussière… » Le journaliste présent dans l’appartement lors de la macabre découverte en frémit encore : « Le lit avait quelque chose de cadavérique. Il portait en lui la vermine qui avait méticuleusement rongé le cadavre pendant tous ces mois, toutes ces années… »

Michel Christen n’était pas un vagabond, il avait une famille, un logement, il était suivi à l’hôpital et par les services sociaux. Il était aussi très apprécié dans son quartier. « Il connaissait tout le monde, raconte un de ses amis. Il ne faisait pas deux pas sans saluer quelqu’un. » Mais qui s’est inquiété de sa disparition ? C’est un signe des temps, une tache sur l’époque : cette lâcheté, cette prudence érigées en bouclier, cette indifférence dressée comme un écran entre le malheur des autres et notre propre quiétude.





13 mai 2015

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